Vers un renouveau de IATA ?


Il s’est passé une très importante nouvelle lors de la dernière assemblée générale de IATA à Rio en juin dernier : la nomination au poste envié de Directeur Général de Mme Saadia Zahidi en remplacement de Willie Walsh qui a quitté ses fonctions le 31 juillet dernier pour prendre la présidence d’Indigo où il remplace Pieter Elbers lui-même ancien CEO de KLM.

Bref voilà un jeu de chaises musicales intéressant à examiner.

IATA, ce n’est pas rien ! Fondée à La Havane en 1945, cette organisation se veut l’association mondiale des compagnies aériennes.

En fait sur les quelque 1 200 transporteurs aériens, seuls 370 en sont membres mais ils représentent 85 % du transport aérien mondial.

Et les chiffres sont impressionnants : le trillion de dollars va être franchi cette année pour ce qui concerne le chiffre d’affaires des compagnies aériennes régulières.

Pour faire fonctionner cet ensemble et surtout faire en sorte que les opérateurs coopèrent entre eux alors qu’ils ont vocation à être concurrents, il faut des outils globaux performants et acceptés par tous. En ce n’est pas le moindre mérite de IATA que de les avoir crées et d’en assurer la gestion.

Parmi les services indispensables au transport aérien je citerais le BSP (Billing & Settlement Plan) fondé dans la douleur au début des années 1970 et qui est devenu la référence pour les émissions de billets et le règlement des sommes encaissées par les agences de voyages auprès des transporteurs.

Actuellement le BSP est utilisé par plus de 400 compagnies et 59.000 agents de voyages avec un volume de ventes de 242 milliards de dollars et un taux de recouvrement de 99,99 %.

L’équivalent du BSP pour le cargo appelé CASS (Cargo Accounts Settlement Systems) a échangé pour 47,5 milliards de dollars.

D’autres services financiers ont prouvé leur efficacité : l’ICCS (IATA Currency Clearance Service) qui permet de rapatrier et de convertir les différentes monnaies dans lesquelles les billets sont achetés aux meilleurs taux de change.

Il a traité 43 milliards de dollars lors du dernier exercice.

L’Interline Clearing House (ICH) a réalisé 66 milliards de dollars de transaction entre les compagnies aériennes.

En plus des services financiers indispensables à la fluidité du transport des passagers et des marchandises, IATA s’est lancée dans la sécurité des vols avec le programme IOSA (IATA Operational Safety Audit) qui oblige les transporteurs à maintenir l’excellence quant à la sécurité de leurs opérations, faute de quoi ils seront exclus de IATA.

Toute cette énumération pour dire à quel point IATA est et reste incontournable dans l’activité la plus porteuse au monde de prospérité et d’échanges entre les peuples.

Or depuis son origine cette association de compagnies aériennes, gouvernée par un conseil de 30 membres dont moins de 10 sont quasi permanents : le Groupe IAG British Airways/ Iberia, Air-France/KLM, Lufthansa Group, American Airlines et United Airlines était presque exclusivement dirigée par des hommes.

L’arrivée d’une femme à sa tête risque bien de changer les pratiques.

Il faut dire que Saadia Zahidi a, tout au moins sur le papier, toutes les qualités pour diriger le transport aérien bien qu’elle n’ait exercé aucune activité dans ce secteur.

Son passé récent de hautes responsabilités au World Economic Forum de Davos, son parcours universitaire en Suisse et à Harvard et sa binationalité pakistanaise et Suisse lui confèrent une grande crédibilité pour sa nouvelle responsabilité.

On attend beaucoup de sa venue pour secouer un peu cette vénérable institution qui semble un peu dormir sur sa position dominante.

Le programme NDC (New Distribution Capability) a de la peine à s’imposer, l’Intelligence Artificielle peut concurrencer les formations qui doivent représenter une bonne partie de son résultat financier lequel, par parenthèses, est très difficile à connaître et par-dessus tout il faudra bien arriver à nouer des relations amicales avec le réseau des agences de voyages.

Il n’est pas normal qu’un tel secteur d’activité entretienne des rapports conflictuels avec ses distributeurs, à tel point que leur rémunération a été simplement annulée par les compagnies aériennes.

Je note d’ailleurs que les agents de voyages ne sont pas représentés a à la PAC (Passenger Agency Conference), entièrement gérée par les transporteurs alors qu’il s’agit de la distribution de leurs titres de transports.

Saadia Zahidi est porteuse de grands espoirs, souhaitons lui bonne chance et pleine réussite dans ses nouvelles fonctions.

Jean-Louis Baroux





    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même sujet

De quels avions avons-nous besoin ?

De quels avions avons-nous besoin ?

2091 vues
13 octobre 2026 0

Je ne suis certes pas un grand scientifique ni un spécialiste des prévisions mais...

Pourquoi les touristes chinois dépensent-ils beaucoup moins qu’avant, malgré un volume de déplacements en hausse

Pourquoi les touristes chinois dépensent-ils beaucoup moins qu’avant, malgré un volume de déplacements en hausse

2384 vues
12 octobre 2026 0

Crucial indicateur de la santé de la consommation ménagère publié par le gouvernement chinois...

Volotea sabre massivement son réseau français

Volotea sabre massivement son réseau français

2572 vues
9 octobre 2026 0

Confrontée à une hausse vertigineuse du coût du kérosène qui a doublé depuis le...