Des archéologues libyens au chevet de Cyrène et d’Apollonia


Dans l’est de la Libye, une poignée d’archéologues et de citoyens passionnés mène un combat acharné et solitaire pour sauvegarder les joyaux archéologiques de Cyrène et de son ancien port Apollonia, deux cités hellénistiques classées au patrimoine mondial de l’UNESCO mais aujourd’hui doublement meurtries par les exactions djihadistes et les catastrophes climatiques.

Fondé en 631 avant J.-C. par des colons venus de Santorin, ce réseau unique de colonies grecques en Afrique du Nord — qui englobait aussi Ptolémaïs, Arsinoé et Bérénice — a abrité jusqu’à 100 000 habitants à son apogée, rayonnant par son école de philosophie, ses théâtres et des monuments majeurs à l’instar de l’imposant temple de Zeus à Cyrène, dont l’envergure dépasse celle du Parthénon d’Athènes.

Longtemps marginalisés sous le régime de Mouammar Kadhafi en raison d’une idéologie panarabe occultant l’ère préislamique, ces sites ont sombré dans le chaos après 2011, devenant les cibles privilégiées des pillards de l’organisation État islamique ; face à la faillite de l’État, les experts locaux, menés par des figures comme Smail Dakhil, ont dû improviser une surveillance citoyenne 24 heures sur 24 pour sécuriser les pièces intransportables comme un rare sphinx féminin et cacher plus de 40 000 objets rares dans un musée de fortune.

À cette crise sécuritaire a succédé le cataclysme environnemental en 2023 avec la tempête Daniel, dont les inondations meurtrières ont fragilisé les fondations de Cyrène et dramatiquement accéléré l’immersion d’Apollonia, déjà partiellement engloutie par les flots au fil des siècles : les autorités patrimoniales locales, représentées par Talal Al-Hasey, estiment désormais le risque de perte définitive d’Apollonia à 80 % contre 50 % avant la tempête, alertant sur l’exposition immédiate des structures à l’érosion marine.

Face à cette urgence absolue, les hauts fonctionnaires libyens, à l’image d’Ahmad Essa Abdulkariem, déplorent l’inertie et l’absence totale d’aide concrète de l’UNESCO et des instances internationales malgré des appels à l’aide répétés et officiels lancés depuis 2016, date de l’inscription des sites sur la liste du patrimoine en péril.

Si cette absence institutionnelle est aujourd’hui justifiée par un manque d’information de la part de Charaf Ahmimed, le nouveau directeur de l’UNESCO pour le Maghreb, ce dernier a néanmoins affiché une volonté de réengagement de l’organisation internationale en Libye, annonçant une visite d’évaluation officielle sur les sites de Cyrène et d’Apollonia au cours de l’été 2026.

PR





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